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Manuel de survie pour parents d’ados qui pètent les plombs

Un livre ultra facile à lire et qui commence par dire « pas de fermeté sans souplesse, et vice versa » ne peut qu’être lu avec le plus grand intérêt. Au fil des pages, ses conseils sont nombreux,  variés, concrets, simples. Ils sont regroupés autour de thèmes plus ou moins explicites à destination des parents :

  • Renoncer à la perfection
  • Accepter de se sentir mal
  • Relativiser, relativiser
  • Entre parents, se mettre d’accord sur l’essentiel
  • Ne pas rester seul
  • Lui lâcher les baskets
  • Calmer le jeu
  • Débattre
  • Accepter d’être ringards
  • Poser des limites
  • Garder le fil
  • Évoquer sa propre adolescence
  • Revisiter la famille
  • Repérer les signaux de détresse
  • Au-delà des bornes, se faire aider

Ça s’appelle « Manuel de survie pour parents d’ados qui pètent les plombs »*, c’est édité par le très bon site Yapaka.be, et vous pouvez le lire gratuitement en cliquant  ici.

(*) notez que le titre laisse planer le doute sur qui sont ceux qui pètent les plombs : les parents ou les ados ?

C’est la crise (d’ado) !

Entendons-nous bien : l’adolescence n’est pas un drame, et n’est pas synonyme de problèmes ; et je m’efforcerai dans ce blog de parler aussi de tant d’autres facettes et réalités de l’adolescence, qui est une période si riche en émotions, en découvertes, en saveurs. Mais puisque, dans l’imaginaire collectif, l’adolescence c’est d’abord la crise d’adolescence, alors allons-y, jouons le jeu à fond, et débroussaillons le terrain…

C’est la crise ! Tant attendue, on savait qu’elle allait arriver, on en rigolait un peu avant, on avait prévenu notre enfant : bientôt tu seras un ado et tu nous feras une crise d’ado, des amis nous avait dit mais non ce n’est pas automatique, hé bien si, évidemment, on y est, c’est la crise !

On ne se comprend plus. Là où notre relation était tranquille auparavant, voilà que notre fils (ou notre fille) file dans sa chambre sans un mot lorsqu’il rentre de l’école ; il passe des heures sur internet à parler avec ses copains/copines, ou à jouer ; il n’a plus aucune horaire, il se tient mal à table et est insolent et même provocant, il passe des journées entières affalé sur le canapé du salon, il  nous parle mal. Lorsqu’il nous parle. Il ne veut plus rien entendre de nos conseils ; il nous ment, nous cache le fait qu’il fume, mais on le sait, il ne fait plus rien à l’école, ses résultats sont en chute libre, le pire c’est qu’il n’en a rien à faire, alors que son destin se joue maintenant, il faut qu’il se trouve la bonne orientation. Avant, c’était bien, c’était calme, on pouvait passer des bons moments, maintenant, il n’y a plus qu’incompréhension et conflit avec lui.

Voilà ce que l’on a tous déjà entendu, ou dit… Mais restreindre la crise d’adolescence à ce seul aspect, où l’ado pique sa crise, comme s’il s’agissait d’un caprice – on pourrait alors plutôt parler de « la crise de l’ado » – est bien limité.. Le propos est alors centré sur le point de vue de l’entourage. Certes, cela parle d’une réalité indéniable et ce propos a son champ de validité. Mais si on en reste là, on prive le comportement de l’ado de toute légitimité et de toute justesse, et on ne voit en lui qu’un comportement inapproprié et une source de problèmes.

Or, il ne faut pas oublier que le vrai sens de la crise d’ado est ailleurs : pour l’ado, c’est le monde, son monde à lui qui est en crise, qui ne lui parle plus comme avant. Et tout son comportement est, à ce titre, tout à fait légitime et approprié, il a un sens et une utilité, il lui est nécessaire pour pouvoir se défendre et se construire.

Tous ses repères avec lesquels il s’était construit se sont effondrés. Papa et maman ne sont plus ces êtres infaillibles, qui savent tout, et qui peuvent tout réparer ; leur dégradation est à l’image de l’imperfection du monde, qui saute aux yeux : le temps de l’insouciance est révolu, alors, il faut tout changer, on va se révolter. Et puis il n’y a que des cons, la preuve, ils ne me comprennent pas. Et puis il y a ce corps qui m’échappe, se transforme. Il y a des ressentis en moi que je ne me connaissais pas ; L’image que je vois de moi se transforme tous les jours. Qui suis-je… ? Plus un enfant, c’est sûr, pas encore un adulte. J’ai encore besoin de mes parents, matériellement c’est sûr, affectivement aussi, même si c’est plus dur à se le dire et à assumer ; car j’ai aussi besoin de ne plus en avoir besoin. Et leur présence m’insupporte, l’impression qu’ils sont toujours sur mon dos, à me surveiller en permanence, pourtant qu’est-ce qu’ils en savent de ce qu’il faut faire ? Hors de question de devenir comme eux ! et maman qui veut toujours me faire des câlins comme si j’avais huit ans ! non, décidément, le salut est ailleurs ; heureusement, il y a les potes ! avec eux, c’est cool, on est ensemble, on se comprend, on se ressemble. Mais en même temps, je ne ressemble à personne, je suis différent, moi, pas comme les autres, personne ne me comprends, et je me sens très seul. Et puis, il y a les garçons, les filles, l’amour, le sexe, tout ça quoi… Non, décidemment, plus rien ne sera comme avant… pour le meilleur ? pour le pire ?

Le tableau est caricatural. Et dans la réalité, tous les cas de figure, toutes les variations sont possibles. L’adolescence ça peut être de très chouettes moments partagés ensemble, des moments de transmission formidables entre parents et enfants, des moments de découverte ; l’adolescence n’est pas forcément un moment de crise à vivre dans la famille. J’ai ici poussé le trait pour marquer ce passage que nous devons tous penser à faire : il s’agit de sortir de l’idée que l’adolescence est une crise que l’ado nous inflige, mais de bien considérer que l’ado est le premier à subir les effets de la crise et qu’il a bien suffisamment à faire pour se dépatouiller de ce truc-là, qui peut être source de tellement de joies, de découvertes excitantes, de libérations exaltantes, et en même temps source de tellement de peines et de souffrances…

Les temps sont durs pour tout le monde, et chacun a à s’adapter à la nouvelle situation. Pour les parents : comment continuer à l’accompagner, à le guider, tout en acceptant de perdre une certaine proximité et une certaine maitrise, en acceptant que l’ado puisse faire ses expériences par lui-même … ? Pour l’ado : comment apprendre la liberté, l’autonomie, la responsabilité, et aussi assumer sa dépendance, à ce qui le précède, à ce qui le limite, à son corps, aux autres,  bref à ce qui, en partie, le détermine ?

Tant et tant d’autres choses… le sujet est riche, nous y reviendrons sous des angles variés. N’hésitez pas à émettre vos avis ou questions…