L’enfant et les attentats : en parler, oui mais comment ?

Depuis les tragiques évènements de vendredi dernier, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut en parler aux enfants. Ça parait maintenant une évidence. Mais parler de quoi, et comment au juste ? Et est-ce encore nécessaire, maintenant qu’ils savent déjà tout ? Alors, pour que chacun trouve sa bonne façon d’en parler, il est important de saisir les enjeux d’une telle communication avec les enfants.

Pour les enfants, l’histoire ne fait que commencer. Nous l’avions vu après les attentats de janvier 2015, beaucoup d’enfants avaient été durablement marqués par l’anxiété et par l’angoisse. Quelles leçons en retenir ?

Avec les attentats, nous pensons tout d’abord à ceux et celles qui y ont été directement exposés, meurtris. Sur le plan psychologique,  on rencontre alors malheureusement mais évidemment les thématiques du trauma ou du deuil.

Mais ces évènements qui nous choquent tous si profondément, se poursuivent maintenant pour le plus grand nombre, et notamment pour les enfants, par une confrontation permanente, au quotidien, avec deux autres formes du réel traumatique, qui, si elles n’ont pas la déflagration dramatique de l’évènement vécu, ne sont pas pour autant sans effet :

  • Les images ou informations choquantes
  • L’angoisse ambiante, et la fébrilité de l’ensemble de la société

Deux caractéristiques fondamentales de l’enfance sont ici à prendre en compte :

  • d’abord l’enfant n‘est pas un adulte miniature, son appareil psychique, ses facultés cognitives, affectives, émotionnelles ont d’autres ressorts que les nôtres, et il ne s’agit donc pas de partager avec lui nos informations et nos tourments comme on le ferait avec des adultes. Non, il s’agit de l’aider à intégrer ces informations et ces ressentis dans le système psychique qui lui est propre et évolue avec l’âge ;

 

  • Ensuite, un enfant a besoin d’un cadre stable, sécurisant, protecteur pour se construire : un cadre suffisamment fiable et pérenne qui peut lui faire éprouver la continuité des choses et de son existence, et qui lui permette d’expérimenter à sa façon le monde sans risquer de s’y perdre. Un cadre qui lui permette de dépasser les frustrations, et, les séparations, sans risquer de s’abimer dans l’angoisse et l’éprouvé de la catastrophe. Un cadre enfin qui lui permette de rassembler ses éprouvés, ses ressentis, de ne pas être dépassé par ses propres affects. Bref un cadre qui apporte pérennité, cohérence et apaisement. Or ce cadre, ce sont les parents, les adultes, la société qui le lui apportent. On ne s’en rend pas compte, mais c’est pourtant bien tout cela que nous arrivons à transmettre à l’enfant lorsque les conditions sont normales.

Que ce cadre soit lui-même chancelant, et c’est là une cause primordiale de l’émergence de l’angoisse chez l’enfant.

Aussi s’agit-il de nous assurer que « en parler aux enfants », ça ne veut pas dire les submerger d’informations ingérables. Ni rajouter encore de la terreur ou de l’effroi. Il ne s’agit pas de partager notre fragilité mais au contraire de témoigner que malgré l’impact, malgré la tristesse, la colère et l’anxiété ou l’angoisse, quelque chose résiste, quelque chose tient et les protège.

Alors, en parler avec les enfants ? Oui, et c’est encore actuel, car il s’agit de :

  1. Protéger les enfants en filtrant en fonction de l’âge, les informations et les images auxquelles ils ont accès
  2. Accompagner les enfants dans leur élaboration d’une compréhension qui leur est propre : compréhension des évènements eux-mêmes mais aussi de nos émotions  et des leurs. Les aider à verbaliser c’est leur permettre de symboliser leurs ressentis, de ne pas être envahis par l’indicible. Mais les inviter à en parler, ce n’est pas les forcer, ni imposer ce sujet en permanence. C’est juste ne pas en faire un sujet tabou, leur montrer que l’on pourra répondre à leurs questions. C’est leur proposer des éléments de décryptage, des mises en perspective, et … leur laisser construire leur propre compréhension des choses avec tout cela. C’est leur permettre de s’exprimer aussi par les dessins et par les jeux (jeux de rôles ou jeux créatifs, s’entend !)
  3. Témoigner aux enfants de notre solidité : oui, toute la société et nous-mêmes parents, tout le monde est en émoi, sous tension, … Pour autant, tu peux toujours compter sur nous, tout ne s’effondre pas parce qu’il y a une vulnérabilité. Touchés, mais pas coulés. Impactés, ébranlés, mais résilients.

Ainsi, même si nous sommes amenés à partager avec l’enfant des moments où l’on est nous-même déstabilisés, l’enfant peut plus aisément nous sentir présent là où il nous attend, dans notre double fonction de protection (pas seulement physique, mais bien aussi émotionnelle affective) et de transmission.

C’est certainement plus facile à dire qu’à faire. Alors soyons humbles, on le sait, il n’y a pas de protocole, chacun se débrouille à sa façon, avec sa façon de faire, de dire, avec ses émotions, pour répondre au mieux aux besoins et aux spécificités de l’enfance.

Il y a aussi des supports  d’échange pas mal faits selon les âges, qui peuvent nous aider. Par exemple, les éditions spéciales de Mon quotidien et du Petit Quotidien : http://www.playbacpresse.fr

 

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