Archives de catégorie : Parentalité

Le compagnon imaginaire

Votre enfant vous regarde droit dans les yeux, vous raconte la scène avec moult détails, et le soutient mordicus : il vient de parler à son ami Paul. Paul est extraordinaire. Tel un super héros il a encore sauvé du feu une vieille dame. D’ailleurs, maintenant il se repose dans ma chambre. Dites, papa, maman vous mettez une assiette pour lui sur la table s’il vous plaît ? Mais vous, vous le savez pertinemment : Paul n’existe pas, et dans la chambre de l’enfant il n’y a évidemment personne. Pourtant, votre enfant vous en parle tous les jours, il est avec lui quand il traverse la rue, ils vont à l’école ensemble, ils jouent dans la cour de récré. L’enfant est convaincu de l’existence de ce compagnon que vous savez, vous, imaginaire. La force de sa croyance est déroutante, voire assez inquiétante.

Il n’y a pourtant pas d’inquiétude à avoir, les praticiens et la littérature scientifique s’accordent au moins sur ce sujet. Le phénomène des compagnons imaginaires est même assez courant. Certaines études mentionnent 20 à 30 % des enfants qui auraient eu à faire à un compagnon imaginaire. Cela arrive souvent entre trois et sept ans mais ça peut durer parfois beaucoup plus tard, et trouver des prolongements dans la vie adolescente. Et puis, un jour, il disparait subitement, l’enfant n’en parle plus et semble même parfois l’avoir complètement oublié.

Son rôle dans le développement de l’enfant

Pourtant ce compagnon imaginaire a joué un rôle important dans le développement de l’enfant. Et même si lui ne l’a jamais considéré comme un jeu, il en a porté les mêmes vertus. Car lorsqu’il joue et imagine, l’enfant trouve dans les jouets, les personnages et les poupées, des supports de projection : c’est pour lui un bon moyen de mettre en scène ses joies mais aussi ses tourments, ses frustrations et ses renoncements, pour mieux les intégrer. Comme dans le jeu, l’abolition des frontières entre réalité et imaginaire, permet à l’enfant de mettre ses pulsions à l’épreuve des règles et des interdits. Il peut travailler à sa construction identitaire en faisant la part des choses : être ou ne pas être l’enfant rêvé, idéal ; être ou ne pas être l’enfant méchant, mauvais, que l’on craint ou que l’on aime être parfois…

A ce titre, le compagnon imaginaire est tel un jeu, utile à la maturation psychique et sociale de l’enfant.

Mais c’est tout de même un jeu bien particulier. D’abord, parce que l’enfant ne considère pas qu’il joue. Il a au contraire cette force de conviction, cette certitude, il ne semble pas faire comme si, comme lorsqu’il joue à la dînette. Ensuite, parce qu’il n’a besoin d’aucun support concret, c’est de l’imaginaire pur. Il y a enfin la persistance, la constance de ce compagnon qui accompagne l’enfant pendant des mois ou des années. Et le fait qu’il s’agisse généralement d’un enfant à peu près du même âge, alter ego tantôt magnifié, idéalisé, tantôt porteur de toutes les turpitudes de l’enfant.

Chacun son histoire, bien sûr, et il serait vain d’essayer de mettre un sens unique, valable pour tous quant à ce phénomène. On peut toutefois souvent y voir un intense travail psychique autour de thématiques très existentielles : construction d’une identité, éprouvé de la continuité de l’être, et de la discontinuité soi/autre, questionnements inconscients à propos du manque, de l’absence, de la mort, de non-dits ou de secrets…  Autant de thèmes qui sont de toute façon toujours abordés par l’enfant en construction, mais qui trouvent parfois dans l’histoire ou l’environnement de l’enfant une origine ou une résonnance particulière. Le livre de Philippe Grimbert, Un Secret, porté à l’écran par Claude Miller avec Patrick Bruel, en témoigne.

Alors, comment réagir ?

Insistons là-dessus : le compagnon imaginaire ne signe pas en soi une situation de détresse. Il est une modalité vigoureuse des capacités imaginaires de l’enfant.

Il n’y a donc pas de raison particulière de s’inquiéter. D’autant que l’enfant vit généralement très bien l’existence de ce compagnon. C’est lui qui le maitrise, et il n’en est pas incommodé*.

Aussi, accueillons cet imaginaire avec bienveillance, sans inquiétude ni énervement. Nous pouvons même soutenir la conversation avec l’enfant lorsqu’il nous en parle. Comme lorsqu’il joue, nous pouvons en être amusés, mais si nous nous prêtons au jeu, c’est toujours en faisant passer le message, que, dans le fond, nous n’y croyons pas : Ce n’est pas la peine de faire semblant d’y croire nous-même (ce serait pour le moins… perturbant !), mais ce n’est pas la peine non plus de vouloir absolument le convaincre que ce n’est pas la réalité (ce serait vain !).

Les parents ont ici ce double rôle à tenir : garants de la réalité, et garants du droit à la fantaisie et à l’imagination.

  • Si, par contre, l’enfant en est incommodé, si ce compagnon imaginaire vient le mettre en difficulté (par un vécu de soumission, de rivalité, de dénigrement etc…), ou si l’enfant présente d’autres signes de détresse, alors il y a certainement quelque chose d’autre qu’il s’agit de comprendre et d’élucider pour l’aider. Parlez-en alors à un professionnel pour savoir ce qu’il convient de faire.

 

 

 

 

L’enfant et les attentats : en parler, oui mais comment ?

Depuis les tragiques évènements de vendredi dernier, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut en parler aux enfants. Ça parait maintenant une évidence. Mais parler de quoi, et comment au juste ? Et est-ce encore nécessaire, maintenant qu’ils savent déjà tout ? Alors, pour que chacun trouve sa bonne façon d’en parler, il est important de saisir les enjeux d’une telle communication avec les enfants.

Pour les enfants, l’histoire ne fait que commencer. Nous l’avions vu après les attentats de janvier 2015, beaucoup d’enfants avaient été durablement marqués par l’anxiété et par l’angoisse. Quelles leçons en retenir ?

Avec les attentats, nous pensons tout d’abord à ceux et celles qui y ont été directement exposés, meurtris. Sur le plan psychologique,  on rencontre alors malheureusement mais évidemment les thématiques du trauma ou du deuil.

Mais ces évènements qui nous choquent tous si profondément, se poursuivent maintenant pour le plus grand nombre, et notamment pour les enfants, par une confrontation permanente, au quotidien, avec deux autres formes du réel traumatique, qui, si elles n’ont pas la déflagration dramatique de l’évènement vécu, ne sont pas pour autant sans effet :

  • Les images ou informations choquantes
  • L’angoisse ambiante, et la fébrilité de l’ensemble de la société

Deux caractéristiques fondamentales de l’enfance sont ici à prendre en compte :

  • d’abord l’enfant n‘est pas un adulte miniature, son appareil psychique, ses facultés cognitives, affectives, émotionnelles ont d’autres ressorts que les nôtres, et il ne s’agit donc pas de partager avec lui nos informations et nos tourments comme on le ferait avec des adultes. Non, il s’agit de l’aider à intégrer ces informations et ces ressentis dans le système psychique qui lui est propre et évolue avec l’âge ;

 

  • Ensuite, un enfant a besoin d’un cadre stable, sécurisant, protecteur pour se construire : un cadre suffisamment fiable et pérenne qui peut lui faire éprouver la continuité des choses et de son existence, et qui lui permette d’expérimenter à sa façon le monde sans risquer de s’y perdre. Un cadre qui lui permette de dépasser les frustrations, et, les séparations, sans risquer de s’abimer dans l’angoisse et l’éprouvé de la catastrophe. Un cadre enfin qui lui permette de rassembler ses éprouvés, ses ressentis, de ne pas être dépassé par ses propres affects. Bref un cadre qui apporte pérennité, cohérence et apaisement. Or ce cadre, ce sont les parents, les adultes, la société qui le lui apportent. On ne s’en rend pas compte, mais c’est pourtant bien tout cela que nous arrivons à transmettre à l’enfant lorsque les conditions sont normales.

Que ce cadre soit lui-même chancelant, et c’est là une cause primordiale de l’émergence de l’angoisse chez l’enfant.

Aussi s’agit-il de nous assurer que « en parler aux enfants », ça ne veut pas dire les submerger d’informations ingérables. Ni rajouter encore de la terreur ou de l’effroi. Il ne s’agit pas de partager notre fragilité mais au contraire de témoigner que malgré l’impact, malgré la tristesse, la colère et l’anxiété ou l’angoisse, quelque chose résiste, quelque chose tient et les protège.

Alors, en parler avec les enfants ? Oui, et c’est encore actuel, car il s’agit de :

  1. Protéger les enfants en filtrant en fonction de l’âge, les informations et les images auxquelles ils ont accès
  2. Accompagner les enfants dans leur élaboration d’une compréhension qui leur est propre : compréhension des évènements eux-mêmes mais aussi de nos émotions  et des leurs. Les aider à verbaliser c’est leur permettre de symboliser leurs ressentis, de ne pas être envahis par l’indicible. Mais les inviter à en parler, ce n’est pas les forcer, ni imposer ce sujet en permanence. C’est juste ne pas en faire un sujet tabou, leur montrer que l’on pourra répondre à leurs questions. C’est leur proposer des éléments de décryptage, des mises en perspective, et … leur laisser construire leur propre compréhension des choses avec tout cela. C’est leur permettre de s’exprimer aussi par les dessins et par les jeux (jeux de rôles ou jeux créatifs, s’entend !)
  3. Témoigner aux enfants de notre solidité : oui, toute la société et nous-mêmes parents, tout le monde est en émoi, sous tension, … Pour autant, tu peux toujours compter sur nous, tout ne s’effondre pas parce qu’il y a une vulnérabilité. Touchés, mais pas coulés. Impactés, ébranlés, mais résilients.

Ainsi, même si nous sommes amenés à partager avec l’enfant des moments où l’on est nous-même déstabilisés, l’enfant peut plus aisément nous sentir présent là où il nous attend, dans notre double fonction de protection (pas seulement physique, mais bien aussi émotionnelle affective) et de transmission.

C’est certainement plus facile à dire qu’à faire. Alors soyons humbles, on le sait, il n’y a pas de protocole, chacun se débrouille à sa façon, avec sa façon de faire, de dire, avec ses émotions, pour répondre au mieux aux besoins et aux spécificités de l’enfance.

Il y a aussi des supports  d’échange pas mal faits selon les âges, qui peuvent nous aider. Par exemple, les éditions spéciales de Mon quotidien et du Petit Quotidien : http://www.playbacpresse.fr

 

Se réconcilier avec l’autorité, dès la petite enfance

La question de l’autorité se pose un jour ou l’autre à tous les parents. Allons crescendo : mon enfant ne m’écoute pas, ne veut pas obéir, n’en fait qu’à sa tête, il devient ingérable, il se met en danger, on ne le supporte plus … ! Il veut tout, tout de suite, et est prêt à n’importe quelle crise pour l’obtenir…

Alors quoi ? J’abandonne, je me résigne, je ne dis plus rien, j’évite les situations de conflits, je me bouche les oreilles, je lui donne ce qu’il veut tant qu’il est calme, en attendant des jours meilleurs, tout cela s’arrangera avec l’âge ? Ou je pète les plombs, je lui hurle dessus, à force de le punir, il va bien comprendre, ça va bien lui rentrer dans le crâne ?

Bien mauvais calcul dans les deux cas. La solution n’est pas là, ni pour lui ni pour vous, et le malaise s’installera sous une forme ou sous une autre.

Alors ? Soyons clair : il ne s’agit pas de convoquer l’autorité totalitaire et l’autoritarisme…. ! On ne rêve pas d’enfants dociles et muets, soumis par la contrainte, la force et encore moins la violence à la toute-puissance parentale ! Ni dressage, ni conditionnement : il y a de la place pour une autorité qui prenne soin et même favorise la liberté, la personnalité, l’expression, et la créativité de l’enfant.

L’autorité, une histoire de transmission

Rappelons d’abord que l’adulte n’a pas à faire la loi, il a à la transmettre. On n’est plus dans le système patriarcal d’antan où le chef de famille était le maître chez soi et imposait sa volonté. Non, Prenons l’image de l’arbitre de football : il ne fait pas la loi, il ne fait que se référer au règlement accepté par tous. Et même s’il peut être amené à l’interpréter, il y est soumis lui aussi. Enfants ou adultes, nous sommes tous soumis à la même loi, même si l’on occupe des places différentes.

L’autorité des parents se fonde sur leur capacité à transmettre la Loi. OK, mais c’est quoi cette Loi ? La République ? La Religion ? La Morale ? A vous de voir. Le psy ne va pas vous faire votre morale ! Non, peu importe la loi, l’important est qu’il y ait de la loi. Bref, transmettre la Loi, c’est déjà dire qu’on ne peut pas faire n’importe quoi ni tout ce que l’on veut. C’est dire et assumer ce qui fonde la condition humaine et la distingue de l’animalité : on a tous des limites, et ce au nom de la société, du fait que nous sommes des êtres de langage, des êtres sociaux, interagissant ensemble, chacun étant lié à l’autre.

 Une autorité contenante

Il s’agit maintenant de se rendre compte que ces limites, aussi frustrantes soient elles au premier abord pour l’enfant, sont les conditions pour lui de sa sécurité : pas seulement de sa sécurité physique (évitement des mises en danger), mais aussi de sa sécurité sur le plan social (s’il n’agresse pas, il peut être accepté par l’autre, qui a lui-même l’interdiction de l’agresser), et enfin sur le plan affectif et émotionnel.

Sur le plan affectif, car le petit enfant, baigné dans l’attention parentale, éprouve spontanément cette illusion du « je suis tout pour toi, tu es tout pour moi ». Or, si le côté pile de la pièce peut déborder vers une certaine instrumentalisation (tu vas pouvoir faire tout ce que je te demande, puisque je suis tout pour toi), le côté face amène la notion de dépendance, et l’angoisse qui peut en découler : si tu es tout pour moi et que tu n’es pas là, alors le monde s’écroule. Aussi sois là, tout le temps, pour moi, Ô Maman, ne me quitte pas !

On voit là qu’il est fondamental d’aider l’enfant à éprouver le manque, et à s’apercevoir que ce manque n’est pas catastrophique. Aussi, soyons disponibles bien sûr, c’est essentiel, mais assumons aussi de ne pas être à disposition ! Car en assumant cette part d’indisponibilité, nous lui faisons éprouver avec confiance et sérénité l’espace du manque et du manquement parental : non, tu n’auras pas tout, non tout n’est pas possible, non je ne suis pas tout à toi, et tu verras ce n’est pas grave, tout ne va pas s’écrouler, tu ne vas pas t’effondrer, tu peux compter sur tes ressources internes, et on va continuer à vivre et à s’aimer ! J’ai confiance en tes capacités, aie confiance toi aussi !

Sur le plan émotionnel enfin, car le petit enfant qui est en pleine maturation biologique et psychique peut être envahi, débordé, par des sensations, des affects, et des émotions, qui, s’ils ne sont pas symbolisés, n’ont d’autres échappatoires que des manifestations massives, voire violentes, dans le corps ou dans l’agir. Les parents ont là un rôle tout à fait déterminant à jouer, qui consiste à accompagner cette maturation, à donner du sens et à décrypter les sensations, à mettre des mots sur les émotions, à rassurer sur la capacité de dépasser la tristesse, la colère ou l’angoisse. Ce faisant, les parents font acte d’autorité : car ils domptent le chaos qui submerge l’enfant.

À partir de tout cela, on peut comprendre l’autorité comme étant une autorité contenante, rassurante. Loin de l’idée de l’autorité coercitive, répressive et punitive.

Des freins de chaque côté

Mais dans la réalité on s’aperçoit que ça n’est pas toujours simple et qu’il y a beaucoup de freins, de difficultés sur le chemin de la réalisation de cette autorité contenante.

Du côté de l’enfant, cette socialisation l’amène à renoncer à sa jouissance immédiate des choses, et si cela est absolument nécessaire pour qu’il grandisse, il est bien naturel qu’il y oppose une certaine résistance. Par ailleurs, le petit enfant développe une intelligence concrète qui prend support de la réalité, et qui se base sur la répétition pour bien se saisir de ce qui est des règles, des exceptions, des permissions et des interdictions. Ne nous étonnons donc pas que l’enfant n’assimile pas un « non » dès la première fois. Ce n’est pas pour nous embêter !

Mais il est aussi parfois des réticences ou des freins du côté des parents, bien sûr.

Des réticences de principe sur le fait d’avoir à faire à l’autorité. J’espère faire comprendre par cet article qu’il ne s’agit pas d’une autorité punitive mais au contraire d’une autorité nécessaire, contenante et constructive. Tout mon propos ici est de montrer la dimension essentielle de l’autorité, en ce qu’elle permet de placer les parents en position de transmettre quelque chose à leur enfant et qu’elle permet de placer l’enfant en position d’apprentissage, de construction psychologique et d’intégration sociale.

D’autres réticences parentales peuvent provenir de la crainte de faire souffrir l’enfant en le frustrant, et d’être de mauvais parents. Mais assumer sa position d’autorité, c’est justement assumer son ascendance générationnelle, sa position de parent. Et c’est transmettre à l’enfant une confiance en ses propres capacités à surmonter la peine, la colère ou la frustration suite à un refus, un échec ou un manque. C’est justement l’aider à ne pas être en souffrance face au manque ou à la frustration.

Certains parents peuvent aussi avoir, inconsciemment, peur de ne plus être autant aimé par leur enfant. Aucun désamour n’a pourtant jamais été enregistré suite à l’exercice d’une autorité parentale… Et les relations sont tout de même beaucoup plus simples lorsque l’autorité contenante est assumée, alors que le manque d’autorité mène bien souvent à des relations intenables où l’amour est sérieusement entaché par des colères homériques de part et d’autre.

Enfin certains parents peuvent se croire incapables d’autorité, pensant qu’il faut pour cela des dispositions naturelles. Mais il ne s’agit pas d’une histoire de charisme, de pouvoir ou de force, il s’agit ici d’une histoire de légitimité et de fonction. Or un parent est légitime aux yeux de son enfant naturellement, et d’autant plus qu’il prend soin de lui, qu’il l’aime et l’accompagne.

Quelques conseils pour conclure…

Fournir des conseils en la matière est un exercice sans fin, il s’agit là de quelques grandes lignes, qui découlent de ce qui précède :

  1. L’autorité, ce n’est pas juste lors des crises ou des conflits. L’autorité, vous l’avez compris, n’est pas une histoire de rapport de force. Non, vivons l’autorité de manière continue, mais l’autorité contenante, celle qui rassure et qui apaise. Assumons alors le fait que nous ayons une ascendance… générationnelle sur l’enfant, et assumons notre légitimité dans l’exercice de notre fonction parentale.
  2. Soyons disponibles pour nos enfants, mais ne soyons pas à disposition. Il est tout aussi important d’apporter du bien à son enfant que de lui faire éprouver, avec confiance et sérénité, le manque.
  3. Il ne peut y avoir de non sans oui, ni de oui sans non. Nous avons besoin de ces deux rames pour avancer, que sont le oui et le non, l’accueil et le réconfort d’un côté, le fait d’énoncer et d’assumer les limites de l’autre. Dire non tout le temps à son enfant serait juste violent, inassimilable, parce que pas pris dans une relation affective, de prise en compte de ses besoins et de ses désirs. Dire oui à tout sans jamais poser de limites est tout aussi troublant, aussi peu structurant, et totalement insécurisant pour l’enfant.
  4. Il s’agit alors d’essayer de développer une attitude qui soit à la fois ferme et souple. Souple en ce sens qu’il s’agit d’être dans l’interaction avec l’enfant, dans l’écoute, dans l’explication, dans l’accordage affectif. On peut ainsi faire preuve de diplomatie, tenir compte de son point de vue, le prévenir à l’avance lorsque on va l’appeler pour changer d’activité, faire quelques concessions, quelques compromis. Mais il s’agit aussi d’être ferme : c’est-à-dire tenir bon sur la direction, et y croire. Croire en notre bon droit, et croire en la possibilité que l’enfant accepte notre affirmation.
  5. Une autre clé aussi, est d’éviter une répartition rigide des rôles entre père et mère : les deux doivent être également porteurs à la fois du oui et du non.
  6. Enfin, il ne s’agit de pas prendre cela pour lutte personnelle. Nous ne sommes pas dans un bras de fer, mais dans un acte de transmission.

 

Les enfants, les écrans

En janvier dernier, l’Académie des Sciences a publié un rapport intitulé « L’enfant et les écrans ». Pour ceux qui ont le courage, ils peuvent le trouver ici. Il a été décrié, certains le trouvant trop complaisant vis-à-vis des nouvelles technologies, trop laxiste, trop résigné à l’impuissance face à l’omniprésence des écrans. Vous pouvez avoir un aperçu de quelques critiques ici.

Cela montre en tout cas qu’il n’est pas si simple de trouver la bonne attitude éducative dans ce domaine.

Alors, qu’est-ce que l’on fait ?

D’abord, des constats :

1.       Les écrans sont partout dans notre vie quotidienne, ils y jouent un rôle prépondérant, et nous-mêmes en sommes bien souvent accros.  A ce titre, le monde virtuel fait partie de la réalité que l’enfant doit apprendre à apprivoiser, à s’approprier.  Il ne s’agit pas de bannir les écrans, évidement. D’ailleurs, le voudrait-on, qu’on ne le pourrait pas.

2.       C’est toujours très impressionnant de constater à quel point les enfants, dès leur premier âge sont non seulement à l’aise avec les technologies, mais captivés par les écrans. Ils semblent fascinés par la chose, qui les calme, les capte, semble les contenir, mais en fait les absorbe. « C’est si simple de les mettre devant un écran, ils ont tellement insisté, ça leur fait tellement plaisir, et puis, tu vois, ils deviennent tout calmes, plus de colère, et ça pendant tout le temps que l’on veut, on a la paix…. » Il y a juste le moment où l’on arrête l’engin, où, là, évidemment ça se corse un peu, la crise est là pour le coup, importante… !
Mais le calme apparent de l’enfant devant un écran est un leurre : le surplus de l’excitation sensorielle est accumulé sans être métabolisé, du fait de l’absence  d’interactivité émotionnelle et affective ; Bref, l’enfant se charge comme une pile électrique, les effets se feront sentir plus tard !
Et, à voir cette puissance d’attraction, cette capacité addictive, on se dit qu’il est évidemment important de ne pas considérer les écrans comme une activité comme les autres, et qu’il faut forcément contrôler l’accès et le temps passé devant les écrans.

3.       Une constatation clinique malheureusement assez fréquente : c’est un drame pour l’enfant lorsqu’il n’a pas pu développer une capacité d’imagination suffisante. Or l’imagination est un processus  créatif qui se nourrit de l’interactivité avec l’environnement, de la jouissance de l’usage des cinq sens, des capacités de reproduction et de variation des expériences sensibles, de la capacité à s’approprier certaines choses de l’environnement et à en rejeter d’autres, et enfin de la capacité à se projeter, à mettre en scène  ses propres ressentis ou impressions en les déplaçant sur l’objet que l’on manipule ou que l’on crée. Bref, l’imagination est un processus créatif et actif.

Or, les  écrans mettent à disposition de l’enfant un imaginaire prêt-à-porter, qui a tendance à prendre toute la place et à détourner l’enfant de ses propres capacités créatrices. On en retrouve directement les effets, dans l’inhibition intellectuelle ou affective, et dans la prédominance de l’agir (grande excitation, difficultés de concentration, passage à l’acte, …)

Pour aller plus loin dans la compréhension des phénomènes psychologiques et cognitifs, je vous suggère la lecture de cet ouvrage de Serge Tisseron : Grandir avec les écrans (lire notamment les pages de 29 à 39, qui listent les recommandations, âge par âge)

Pour avoir un aperçu clair des effets, vous pouvez lire l’avis de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire, (à noter que l’on retrouve cet avis sur le site de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (sic !), et ce n’est pas rien de se retrouver déjà à prévenir l’addiction, alors que l’on parle d’enfance, voire de petite enfance !)

Dans ces deux documents, il est question de la fameuse règle « 3-6-9-12 » proposée par Tisseron, que l’on peut résumer brièvement ainsi :

  • Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible
    (10 minutes max par jour, accompagné par un adulte, et dans le seul  but de jouer activement)
  • Pas de console de jeu portable avant 6 ans
    Et, dès 3 ans, limitez le temps d’écran (télé, certains jeux), et veillez à la qualité des programmes (regarder à la télé seulement des choses de leur âge ; et préférer les jeux numériques que l’on fait ensemble, ou des jeux créatifs tels que dessin, etc…)
  • Pas d’Internet (surf) avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en collège
  • Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence

Cette règle vaut le coup d’être suivie dans son esprit si ce n’est à la lettre : elle a l’intérêt de donner des repères clairs, de montrer qu’à chaque âge ses enjeux et ses possibilités, et d’appeler les parents à être actifs dans le contrôle des accès à l’écran et dans l’accompagnement au bon usage de ces écrans.

En bref, ne nous servons pas des écrans comme babysitter pour avoir la paix, c’est un calcul où tout le monde sera perdant au final. Et n’oublions pas qu’il est essentiel qu’un enfant développe des capacités à imaginer par lui-même, à jouer avec des objets physiques, à inventer, à créer, et aussi… à s’ennuyer (nous y reviendrons dans un prochain post) !