Se réconcilier avec l’autorité, dès la petite enfance

La question de l’autorité se pose un jour ou l’autre à tous les parents. Allons crescendo : mon enfant ne m’écoute pas, ne veut pas obéir, n’en fait qu’à sa tête, il devient ingérable, il se met en danger, on ne le supporte plus … ! Il veut tout, tout de suite, et est prêt à n’importe quelle crise pour l’obtenir…

Alors quoi ? J’abandonne, je me résigne, je ne dis plus rien, j’évite les situations de conflits, je me bouche les oreilles, je lui donne ce qu’il veut tant qu’il est calme, en attendant des jours meilleurs, tout cela s’arrangera avec l’âge ? Ou je pète les plombs, je lui hurle dessus, à force de le punir, il va bien comprendre, ça va bien lui rentrer dans le crâne ?

Bien mauvais calcul dans les deux cas. La solution n’est pas là, ni pour lui ni pour vous, et le malaise s’installera sous une forme ou sous une autre.

Alors ? Soyons clair : il ne s’agit pas de convoquer l’autorité totalitaire et l’autoritarisme…. ! On ne rêve pas d’enfants dociles et muets, soumis par la contrainte, la force et encore moins la violence à la toute-puissance parentale ! Ni dressage, ni conditionnement : il y a de la place pour une autorité qui prenne soin et même favorise la liberté, la personnalité, l’expression, et la créativité de l’enfant.

L’autorité, une histoire de transmission

Rappelons d’abord que l’adulte n’a pas à faire la loi, il a à la transmettre. On n’est plus dans le système patriarcal d’antan où le chef de famille était le maître chez soi et imposait sa volonté. Non, Prenons l’image de l’arbitre de football : il ne fait pas la loi, il ne fait que se référer au règlement accepté par tous. Et même s’il peut être amené à l’interpréter, il y est soumis lui aussi. Enfants ou adultes, nous sommes tous soumis à la même loi, même si l’on occupe des places différentes.

L’autorité des parents se fonde sur leur capacité à transmettre la Loi. OK, mais c’est quoi cette Loi ? La République ? La Religion ? La Morale ? A vous de voir. Le psy ne va pas vous faire votre morale ! Non, peu importe la loi, l’important est qu’il y ait de la loi. Bref, transmettre la Loi, c’est déjà dire qu’on ne peut pas faire n’importe quoi ni tout ce que l’on veut. C’est dire et assumer ce qui fonde la condition humaine et la distingue de l’animalité : on a tous des limites, et ce au nom de la société, du fait que nous sommes des êtres de langage, des êtres sociaux, interagissant ensemble, chacun étant lié à l’autre.

 Une autorité contenante

Il s’agit maintenant de se rendre compte que ces limites, aussi frustrantes soient elles au premier abord pour l’enfant, sont les conditions pour lui de sa sécurité : pas seulement de sa sécurité physique (évitement des mises en danger), mais aussi de sa sécurité sur le plan social (s’il n’agresse pas, il peut être accepté par l’autre, qui a lui-même l’interdiction de l’agresser), et enfin sur le plan affectif et émotionnel.

Sur le plan affectif, car le petit enfant, baigné dans l’attention parentale, éprouve spontanément cette illusion du « je suis tout pour toi, tu es tout pour moi ». Or, si le côté pile de la pièce peut déborder vers une certaine instrumentalisation (tu vas pouvoir faire tout ce que je te demande, puisque je suis tout pour toi), le côté face amène la notion de dépendance, et l’angoisse qui peut en découler : si tu es tout pour moi et que tu n’es pas là, alors le monde s’écroule. Aussi sois là, tout le temps, pour moi, Ô Maman, ne me quitte pas !

On voit là qu’il est fondamental d’aider l’enfant à éprouver le manque, et à s’apercevoir que ce manque n’est pas catastrophique. Aussi, soyons disponibles bien sûr, c’est essentiel, mais assumons aussi de ne pas être à disposition ! Car en assumant cette part d’indisponibilité, nous lui faisons éprouver avec confiance et sérénité l’espace du manque et du manquement parental : non, tu n’auras pas tout, non tout n’est pas possible, non je ne suis pas tout à toi, et tu verras ce n’est pas grave, tout ne va pas s’écrouler, tu ne vas pas t’effondrer, tu peux compter sur tes ressources internes, et on va continuer à vivre et à s’aimer ! J’ai confiance en tes capacités, aie confiance toi aussi !

Sur le plan émotionnel enfin, car le petit enfant qui est en pleine maturation biologique et psychique peut être envahi, débordé, par des sensations, des affects, et des émotions, qui, s’ils ne sont pas symbolisés, n’ont d’autres échappatoires que des manifestations massives, voire violentes, dans le corps ou dans l’agir. Les parents ont là un rôle tout à fait déterminant à jouer, qui consiste à accompagner cette maturation, à donner du sens et à décrypter les sensations, à mettre des mots sur les émotions, à rassurer sur la capacité de dépasser la tristesse, la colère ou l’angoisse. Ce faisant, les parents font acte d’autorité : car ils domptent le chaos qui submerge l’enfant.

À partir de tout cela, on peut comprendre l’autorité comme étant une autorité contenante, rassurante. Loin de l’idée de l’autorité coercitive, répressive et punitive.

Des freins de chaque côté

Mais dans la réalité on s’aperçoit que ça n’est pas toujours simple et qu’il y a beaucoup de freins, de difficultés sur le chemin de la réalisation de cette autorité contenante.

Du côté de l’enfant, cette socialisation l’amène à renoncer à sa jouissance immédiate des choses, et si cela est absolument nécessaire pour qu’il grandisse, il est bien naturel qu’il y oppose une certaine résistance. Par ailleurs, le petit enfant développe une intelligence concrète qui prend support de la réalité, et qui se base sur la répétition pour bien se saisir de ce qui est des règles, des exceptions, des permissions et des interdictions. Ne nous étonnons donc pas que l’enfant n’assimile pas un « non » dès la première fois. Ce n’est pas pour nous embêter !

Mais il est aussi parfois des réticences ou des freins du côté des parents, bien sûr.

Des réticences de principe sur le fait d’avoir à faire à l’autorité. J’espère faire comprendre par cet article qu’il ne s’agit pas d’une autorité punitive mais au contraire d’une autorité nécessaire, contenante et constructive. Tout mon propos ici est de montrer la dimension essentielle de l’autorité, en ce qu’elle permet de placer les parents en position de transmettre quelque chose à leur enfant et qu’elle permet de placer l’enfant en position d’apprentissage, de construction psychologique et d’intégration sociale.

D’autres réticences parentales peuvent provenir de la crainte de faire souffrir l’enfant en le frustrant, et d’être de mauvais parents. Mais assumer sa position d’autorité, c’est justement assumer son ascendance générationnelle, sa position de parent. Et c’est transmettre à l’enfant une confiance en ses propres capacités à surmonter la peine, la colère ou la frustration suite à un refus, un échec ou un manque. C’est justement l’aider à ne pas être en souffrance face au manque ou à la frustration.

Certains parents peuvent aussi avoir, inconsciemment, peur de ne plus être autant aimé par leur enfant. Aucun désamour n’a pourtant jamais été enregistré suite à l’exercice d’une autorité parentale… Et les relations sont tout de même beaucoup plus simples lorsque l’autorité contenante est assumée, alors que le manque d’autorité mène bien souvent à des relations intenables où l’amour est sérieusement entaché par des colères homériques de part et d’autre.

Enfin certains parents peuvent se croire incapables d’autorité, pensant qu’il faut pour cela des dispositions naturelles. Mais il ne s’agit pas d’une histoire de charisme, de pouvoir ou de force, il s’agit ici d’une histoire de légitimité et de fonction. Or un parent est légitime aux yeux de son enfant naturellement, et d’autant plus qu’il prend soin de lui, qu’il l’aime et l’accompagne.

Quelques conseils pour conclure…

Fournir des conseils en la matière est un exercice sans fin, il s’agit là de quelques grandes lignes, qui découlent de ce qui précède :

  1. L’autorité, ce n’est pas juste lors des crises ou des conflits. L’autorité, vous l’avez compris, n’est pas une histoire de rapport de force. Non, vivons l’autorité de manière continue, mais l’autorité contenante, celle qui rassure et qui apaise. Assumons alors le fait que nous ayons une ascendance… générationnelle sur l’enfant, et assumons notre légitimité dans l’exercice de notre fonction parentale.
  2. Soyons disponibles pour nos enfants, mais ne soyons pas à disposition. Il est tout aussi important d’apporter du bien à son enfant que de lui faire éprouver, avec confiance et sérénité, le manque.
  3. Il ne peut y avoir de non sans oui, ni de oui sans non. Nous avons besoin de ces deux rames pour avancer, que sont le oui et le non, l’accueil et le réconfort d’un côté, le fait d’énoncer et d’assumer les limites de l’autre. Dire non tout le temps à son enfant serait juste violent, inassimilable, parce que pas pris dans une relation affective, de prise en compte de ses besoins et de ses désirs. Dire oui à tout sans jamais poser de limites est tout aussi troublant, aussi peu structurant, et totalement insécurisant pour l’enfant.
  4. Il s’agit alors d’essayer de développer une attitude qui soit à la fois ferme et souple. Souple en ce sens qu’il s’agit d’être dans l’interaction avec l’enfant, dans l’écoute, dans l’explication, dans l’accordage affectif. On peut ainsi faire preuve de diplomatie, tenir compte de son point de vue, le prévenir à l’avance lorsque on va l’appeler pour changer d’activité, faire quelques concessions, quelques compromis. Mais il s’agit aussi d’être ferme : c’est-à-dire tenir bon sur la direction, et y croire. Croire en notre bon droit, et croire en la possibilité que l’enfant accepte notre affirmation.
  5. Une autre clé aussi, est d’éviter une répartition rigide des rôles entre père et mère : les deux doivent être également porteurs à la fois du oui et du non.
  6. Enfin, il ne s’agit de pas prendre cela pour lutte personnelle. Nous ne sommes pas dans un bras de fer, mais dans un acte de transmission.

 

Manuel de survie pour parents d’ados qui pètent les plombs

Un livre ultra facile à lire et qui commence par dire « pas de fermeté sans souplesse, et vice versa » ne peut qu’être lu avec le plus grand intérêt. Au fil des pages, ses conseils sont nombreux,  variés, concrets, simples. Ils sont regroupés autour de thèmes plus ou moins explicites à destination des parents :

  • Renoncer à la perfection
  • Accepter de se sentir mal
  • Relativiser, relativiser
  • Entre parents, se mettre d’accord sur l’essentiel
  • Ne pas rester seul
  • Lui lâcher les baskets
  • Calmer le jeu
  • Débattre
  • Accepter d’être ringards
  • Poser des limites
  • Garder le fil
  • Évoquer sa propre adolescence
  • Revisiter la famille
  • Repérer les signaux de détresse
  • Au-delà des bornes, se faire aider

Ça s’appelle « Manuel de survie pour parents d’ados qui pètent les plombs »*, c’est édité par le très bon site Yapaka.be, et vous pouvez le lire gratuitement en cliquant  ici.

(*) notez que le titre laisse planer le doute sur qui sont ceux qui pètent les plombs : les parents ou les ados ?

C’est la crise (d’ado) !

Entendons-nous bien : l’adolescence n’est pas un drame, et n’est pas synonyme de problèmes ; et je m’efforcerai dans ce blog de parler aussi de tant d’autres facettes et réalités de l’adolescence, qui est une période si riche en émotions, en découvertes, en saveurs. Mais puisque, dans l’imaginaire collectif, l’adolescence c’est d’abord la crise d’adolescence, alors allons-y, jouons le jeu à fond, et débroussaillons le terrain…

C’est la crise ! Tant attendue, on savait qu’elle allait arriver, on en rigolait un peu avant, on avait prévenu notre enfant : bientôt tu seras un ado et tu nous feras une crise d’ado, des amis nous avait dit mais non ce n’est pas automatique, hé bien si, évidemment, on y est, c’est la crise !

On ne se comprend plus. Là où notre relation était tranquille auparavant, voilà que notre fils (ou notre fille) file dans sa chambre sans un mot lorsqu’il rentre de l’école ; il passe des heures sur internet à parler avec ses copains/copines, ou à jouer ; il n’a plus aucune horaire, il se tient mal à table et est insolent et même provocant, il passe des journées entières affalé sur le canapé du salon, il  nous parle mal. Lorsqu’il nous parle. Il ne veut plus rien entendre de nos conseils ; il nous ment, nous cache le fait qu’il fume, mais on le sait, il ne fait plus rien à l’école, ses résultats sont en chute libre, le pire c’est qu’il n’en a rien à faire, alors que son destin se joue maintenant, il faut qu’il se trouve la bonne orientation. Avant, c’était bien, c’était calme, on pouvait passer des bons moments, maintenant, il n’y a plus qu’incompréhension et conflit avec lui.

Voilà ce que l’on a tous déjà entendu, ou dit… Mais restreindre la crise d’adolescence à ce seul aspect, où l’ado pique sa crise, comme s’il s’agissait d’un caprice – on pourrait alors plutôt parler de « la crise de l’ado » – est bien limité.. Le propos est alors centré sur le point de vue de l’entourage. Certes, cela parle d’une réalité indéniable et ce propos a son champ de validité. Mais si on en reste là, on prive le comportement de l’ado de toute légitimité et de toute justesse, et on ne voit en lui qu’un comportement inapproprié et une source de problèmes.

Or, il ne faut pas oublier que le vrai sens de la crise d’ado est ailleurs : pour l’ado, c’est le monde, son monde à lui qui est en crise, qui ne lui parle plus comme avant. Et tout son comportement est, à ce titre, tout à fait légitime et approprié, il a un sens et une utilité, il lui est nécessaire pour pouvoir se défendre et se construire.

Tous ses repères avec lesquels il s’était construit se sont effondrés. Papa et maman ne sont plus ces êtres infaillibles, qui savent tout, et qui peuvent tout réparer ; leur dégradation est à l’image de l’imperfection du monde, qui saute aux yeux : le temps de l’insouciance est révolu, alors, il faut tout changer, on va se révolter. Et puis il n’y a que des cons, la preuve, ils ne me comprennent pas. Et puis il y a ce corps qui m’échappe, se transforme. Il y a des ressentis en moi que je ne me connaissais pas ; L’image que je vois de moi se transforme tous les jours. Qui suis-je… ? Plus un enfant, c’est sûr, pas encore un adulte. J’ai encore besoin de mes parents, matériellement c’est sûr, affectivement aussi, même si c’est plus dur à se le dire et à assumer ; car j’ai aussi besoin de ne plus en avoir besoin. Et leur présence m’insupporte, l’impression qu’ils sont toujours sur mon dos, à me surveiller en permanence, pourtant qu’est-ce qu’ils en savent de ce qu’il faut faire ? Hors de question de devenir comme eux ! et maman qui veut toujours me faire des câlins comme si j’avais huit ans ! non, décidément, le salut est ailleurs ; heureusement, il y a les potes ! avec eux, c’est cool, on est ensemble, on se comprend, on se ressemble. Mais en même temps, je ne ressemble à personne, je suis différent, moi, pas comme les autres, personne ne me comprends, et je me sens très seul. Et puis, il y a les garçons, les filles, l’amour, le sexe, tout ça quoi… Non, décidemment, plus rien ne sera comme avant… pour le meilleur ? pour le pire ?

Le tableau est caricatural. Et dans la réalité, tous les cas de figure, toutes les variations sont possibles. L’adolescence ça peut être de très chouettes moments partagés ensemble, des moments de transmission formidables entre parents et enfants, des moments de découverte ; l’adolescence n’est pas forcément un moment de crise à vivre dans la famille. J’ai ici poussé le trait pour marquer ce passage que nous devons tous penser à faire : il s’agit de sortir de l’idée que l’adolescence est une crise que l’ado nous inflige, mais de bien considérer que l’ado est le premier à subir les effets de la crise et qu’il a bien suffisamment à faire pour se dépatouiller de ce truc-là, qui peut être source de tellement de joies, de découvertes excitantes, de libérations exaltantes, et en même temps source de tellement de peines et de souffrances…

Les temps sont durs pour tout le monde, et chacun a à s’adapter à la nouvelle situation. Pour les parents : comment continuer à l’accompagner, à le guider, tout en acceptant de perdre une certaine proximité et une certaine maitrise, en acceptant que l’ado puisse faire ses expériences par lui-même … ? Pour l’ado : comment apprendre la liberté, l’autonomie, la responsabilité, et aussi assumer sa dépendance, à ce qui le précède, à ce qui le limite, à son corps, aux autres,  bref à ce qui, en partie, le détermine ?

Tant et tant d’autres choses… le sujet est riche, nous y reviendrons sous des angles variés. N’hésitez pas à émettre vos avis ou questions…

Les enfants, les écrans

En janvier dernier, l’Académie des Sciences a publié un rapport intitulé « L’enfant et les écrans ». Pour ceux qui ont le courage, ils peuvent le trouver ici. Il a été décrié, certains le trouvant trop complaisant vis-à-vis des nouvelles technologies, trop laxiste, trop résigné à l’impuissance face à l’omniprésence des écrans. Vous pouvez avoir un aperçu de quelques critiques ici.

Cela montre en tout cas qu’il n’est pas si simple de trouver la bonne attitude éducative dans ce domaine.

Alors, qu’est-ce que l’on fait ?

D’abord, des constats :

1.       Les écrans sont partout dans notre vie quotidienne, ils y jouent un rôle prépondérant, et nous-mêmes en sommes bien souvent accros.  A ce titre, le monde virtuel fait partie de la réalité que l’enfant doit apprendre à apprivoiser, à s’approprier.  Il ne s’agit pas de bannir les écrans, évidement. D’ailleurs, le voudrait-on, qu’on ne le pourrait pas.

2.       C’est toujours très impressionnant de constater à quel point les enfants, dès leur premier âge sont non seulement à l’aise avec les technologies, mais captivés par les écrans. Ils semblent fascinés par la chose, qui les calme, les capte, semble les contenir, mais en fait les absorbe. « C’est si simple de les mettre devant un écran, ils ont tellement insisté, ça leur fait tellement plaisir, et puis, tu vois, ils deviennent tout calmes, plus de colère, et ça pendant tout le temps que l’on veut, on a la paix…. » Il y a juste le moment où l’on arrête l’engin, où, là, évidemment ça se corse un peu, la crise est là pour le coup, importante… !
Mais le calme apparent de l’enfant devant un écran est un leurre : le surplus de l’excitation sensorielle est accumulé sans être métabolisé, du fait de l’absence  d’interactivité émotionnelle et affective ; Bref, l’enfant se charge comme une pile électrique, les effets se feront sentir plus tard !
Et, à voir cette puissance d’attraction, cette capacité addictive, on se dit qu’il est évidemment important de ne pas considérer les écrans comme une activité comme les autres, et qu’il faut forcément contrôler l’accès et le temps passé devant les écrans.

3.       Une constatation clinique malheureusement assez fréquente : c’est un drame pour l’enfant lorsqu’il n’a pas pu développer une capacité d’imagination suffisante. Or l’imagination est un processus  créatif qui se nourrit de l’interactivité avec l’environnement, de la jouissance de l’usage des cinq sens, des capacités de reproduction et de variation des expériences sensibles, de la capacité à s’approprier certaines choses de l’environnement et à en rejeter d’autres, et enfin de la capacité à se projeter, à mettre en scène  ses propres ressentis ou impressions en les déplaçant sur l’objet que l’on manipule ou que l’on crée. Bref, l’imagination est un processus créatif et actif.

Or, les  écrans mettent à disposition de l’enfant un imaginaire prêt-à-porter, qui a tendance à prendre toute la place et à détourner l’enfant de ses propres capacités créatrices. On en retrouve directement les effets, dans l’inhibition intellectuelle ou affective, et dans la prédominance de l’agir (grande excitation, difficultés de concentration, passage à l’acte, …)

Pour aller plus loin dans la compréhension des phénomènes psychologiques et cognitifs, je vous suggère la lecture de cet ouvrage de Serge Tisseron : Grandir avec les écrans (lire notamment les pages de 29 à 39, qui listent les recommandations, âge par âge)

Pour avoir un aperçu clair des effets, vous pouvez lire l’avis de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire, (à noter que l’on retrouve cet avis sur le site de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (sic !), et ce n’est pas rien de se retrouver déjà à prévenir l’addiction, alors que l’on parle d’enfance, voire de petite enfance !)

Dans ces deux documents, il est question de la fameuse règle « 3-6-9-12 » proposée par Tisseron, que l’on peut résumer brièvement ainsi :

  • Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible
    (10 minutes max par jour, accompagné par un adulte, et dans le seul  but de jouer activement)
  • Pas de console de jeu portable avant 6 ans
    Et, dès 3 ans, limitez le temps d’écran (télé, certains jeux), et veillez à la qualité des programmes (regarder à la télé seulement des choses de leur âge ; et préférer les jeux numériques que l’on fait ensemble, ou des jeux créatifs tels que dessin, etc…)
  • Pas d’Internet (surf) avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en collège
  • Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence

Cette règle vaut le coup d’être suivie dans son esprit si ce n’est à la lettre : elle a l’intérêt de donner des repères clairs, de montrer qu’à chaque âge ses enjeux et ses possibilités, et d’appeler les parents à être actifs dans le contrôle des accès à l’écran et dans l’accompagnement au bon usage de ces écrans.

En bref, ne nous servons pas des écrans comme babysitter pour avoir la paix, c’est un calcul où tout le monde sera perdant au final. Et n’oublions pas qu’il est essentiel qu’un enfant développe des capacités à imaginer par lui-même, à jouer avec des objets physiques, à inventer, à créer, et aussi… à s’ennuyer (nous y reviendrons dans un prochain post) !

Sidérés et fascinés face au désastre

Article paru dans les pages Rebonds de Libération. L’article est daté, il faut se remettre dans le contexte de la première semaine de l’affaire DSK, le moment de la chute de celui qui dirigeait le FMI et auquel on prêtait un avenir présidentiel, le moment des menottes et des traits tirés… le mot Sidération était alors sur toutes les lèvres des commentateurs. Il s’agissait pour moi de réagir sur cet éprouvé et sur l’usage de ce mot, en convoquant au passage un peu de poésie, peut-être pour nous sauver d’un monde décidemment parfois trop « brut »…

http://www.liberation.fr/politiques/2011/05/23/sideres-et-fascines-face-au-desastre_737494

Jamais seul

Premier post sur ce sujet, sans hésitation, le message est clair : lorsque l’on se sent en souffrance, y compris au travail, il s’agit d’abord de sortir de l’isolement, ou de ne pas s’y enfermer, et il faut parler.

Heureusement, le sujet de la souffrance au travail n’est plus tout à fait tabou maintenant. Un certain nombre de professionnels sont sensibilisés et mobilisés sur ce sujet, et des dispositifs ad hoc sont mis en place, dans les entreprises et ailleurs.

Mais avant même de faire appel à ces dispositifs, avant même de ressentir de la souffrance, ou de faire un lien entre une situation professionnelle et différents signes (fatigue, tristesse, colères, somatisation, troubles du sommeil ou de l’appétit, perte de concentration, de l’envie, dévalorisation, …), avant même que cela aille mal en quelque sorte, il s’agit de prendre garde à l’isolement et aux sentiments de solitude et d’impuissance qui peuvent monter peu à peu.

L’organisation du travail, le rythme et les contraintes de l’époque favorisent bien souvent le cloisonnement et le clivage. Même au milieu d’une foule, même dans un open space ou à la grande messe annuelle de l’entreprise, on peut se sentir seul, radicalement, tragiquement seul. Bien sûr, chacun a le droit, en fonction de sa nature et de son tempérament, de profiter aussi, s’il le veut, de moments de solitude, et de l’exercice solitaire et autonome de son travail. Mais même lorsque l’on est de nature solitaire, il est bon, capital même de savoir avec certitude et d’éprouver que l’on peut compter sur des soutiens, qu’il y a autour de nous des semblables et du répondant, que notre travail s’articule à d’autres.

Alors, il faut prendre garde à cette pente assez naturelle à notre époque, qui nous amène vers l’évanouissement progressif du lien social, de cette certitude que quoi qu’il arrive, il y aura pour nous un autre, semblable et bienveillant.

Et lorsque l’on commence à peiner, à être en souffrance, il s’agit de pouvoir en parler. A des proches, à des collègues, ou à la hiérarchie, si c’est possible ; Aux représentants du personnel, ou au CHSCT, si on le souhaite. Au médecin du travail, et à votre médecin traitant dans tous les cas : ces échanges sont couverts par le secret médical ; et il fait partie des missions du médecin du travail que de prévenir et d’éviter la dégradation de la santé des travailleurs ainsi que de conseiller les différentes instances de l’entreprise dans le domaine des conditions de vie et de travail.

En attendant d’autres articles sur cette thématique, je vous propose les liens suivants, institutionnels s’il en est, mais qui peuvent donner quelques repères :

http://www.travailler-mieux.gouv.fr/Stress-les-risques-psychosociaux.html

http://www.anact.fr/